Très exactement deux mois du cœur de l'été se sont écoulés depuis ma dernière visite dans la RESERVE NATURELLE DE LA GRANDE SASSIERE.

La réserve occupe une vallée glaciaire perchée à 2300 m d'altitude, encadrée d'un côté par une crête conduisant à l'AIGUILLE DE LA GRANDE SASSIERE culminant à 3747 m, et de l'autre finissant plus déchiquetée par la TSANTELEINA à 3602 m. Entre les deux, corde à linge où s'égoutte le grand drap blanc du GLACIER DE RHEMES-GOLETTE, la ligne d'horizon constitue la frontière avec l'ITALIE et son tout proche PARCO NAZIONALE DEL GRAN PARADISO.

8- Hameau du Saut

Hameau du SAUT - TIGNES et la VANOISE en face, de l'autre côté de l'ISERE - 28 juin 2016

Au retour de ma balade en juin 2016, débouchant du sentier plus montagneux pratiquement parallèle à l'habituel, j'avais été sensible aux contrastes entre les ruines du hameau du SAUT et la station de TIGNES. L'un et l'autre occupent des positions remarquables : le premier accroché au verrou du torrent, la seconde, de l'autre côté de la vallée de l'ISERE aux portes du PARC NATIONAL DE LA VANOISE, lovée dans son cirque de sommets dominé par LA GRANDE MOTTE. Contrastes entre les ruines d'un côté, et un immobilier en expansion de l'autre ; entre le "vacarme" de l'animation festive hivernale de station de sports d'hiver, et le silence de la réserve protégée. Ces contrastes m'avaient incités à faire quelques recherches partagées dans un article intitulé "Face à face et donnant-donnant", portant en partie sur l'histoire encore récente de ces espaces (lien en bas de publication). Fatigué, fatigable certes, mais aussi ébloui par le feu d'artifice floral de cette fin juin, j'avais troqué de modestes ambitions sportives contre l'intérêt indéniable de quelques découvertes botaniques.

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Hameau du SAUT - 28 août 2016

Deux mois plus tard, le premier changement qui saute aux yeux dans le paysage tient à l'apparition des Epilobes en épi ou Chamerion angustifolium. Juste sorties de terre en juin, les voici fin août bordant et dominant fièrement les prairies. Avec leur haute stature dépassant parfois le mètre de hauteur, poussant en petites familles isolées ou bien en colonies denses et couvrantes, elles jettent un mouchoir de soie, un coquet foulard léger, un étendard montagnard ondulant au gré du vent, pointillant,  tachant, égayant les alpages du même rose tyrien que celui des nuanciers.

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   Entrée dans la réserve - Lac d'aval recueillant le ruisseau de la Sassière - Aiguille de la Grande Sassière - 28 août 2016

Les cumulus, avec leurs masses blanches couronnant les massifs, semblent avoir pris en août le relais immaculé et vaporeux de la neige disparue des flancs pentus. Comme si de moins en moins timidement, le temps d'un été, la montagne soulevait et secouait ses jupes épaisses pour s'aérer et se rafraîchir, pour mieux faire admirer ses dessous de roches colorées et dentelées.

10- Réserve de la Grande Sassière

Ruisseau de la Sassière avant le lac d'aval - Aiguille de la Grande Sassière - 28 juin 2016

En juin, les troupeaux de Tarines et d'Abondances débutaient tout juste leur remontée en altitude. Déjà dans les pentes mais toujours proches de la ferme "camp de base", le produit de la traite y était transformé. Aujourd'hui et probablement encore jusqu'à mi-octobre, tout se fait dans l'alpage, pâturage, traite et transformation. Le vallon de la Sassière et les bords du ruisseau sont animés, sonorisés ; des veaux sont nés il y a quelques semaines seulement.

Que reste-t-il du feu d'artifice floral de juin à dominante jaune et blanche, mouchetée de bleu ?

19- Dryade à huit pétales

Dryade à huit pétales (Dryas octopetala) en fleur - 28 juin 2016

Les coussins de Dryades ont conservé leur feuillage de "minuscules chênes" d'où émergent toujours dressées les fines tiges florales. Mais en lieu et place des ravissantes fleurs blanches au cœur jaune, des centaines d'akènes duveteux, encore rassemblés tête à tête en conciliabule géométrique, attendent patiemment le froid et les vents d'automne. Ils prendront alors un à un le départ d'un voyage aérien dans l'espoir de parvenir à prospérer ailleurs.

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Dryade à huit pétales (Dryas octopetala) en graine - 28 août 2016

Les étoiles bleues des Gentianes avaient coiffé sur le poteau de la course au printemps les Edelweiss plus paresseuses, encore ensommeillées.

12- Gentiane printanière - 2

Gentianes printanières 2016 en fleurs - restes d'Edelweiss 2015 secs à gauche - 28 juin 2016

Mais la revanche pacifique durera jusqu'au fin fond de l'été, même au-delà sous la neige. Les Edelweiss ou Leontopodium alpinum, Etoiles d'argent sûres de leur protection se prélassent ici en stars des montagnes.

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Edelweiss (Leontopodium) - sommet de la Tsanteleina - 28 août 2016  

Mythique et emblématique, chère au cœur de tous, l'Edelweiss émerveille par sa couleur qui n'en est pas une et ses pétales qui n'en sont pas, par son aspect de bijou brodé de robe de mariée et sa texture laineuse et chaude, habillant une créature fragile que l'on craint de voir fondre comme fleur de flocon. L'Edelweiss émerveille jusqu'à ceux qui ne l'ont jamais rencontrée que dans leurs livres d'enfants, au revers de la veste de velours du grand-père, brodée sur le tablier de la fillette, rivetée sur le collier du gros chien gentil, sculptée en bas relief dans le bois des chalets de montagne.

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Edelweiss - 28 août 2016  

Ici, dans la RESERVE NATURELLE DE LA GRANDE SASSIERE au pied de la TSANTELEINA, on se contente de signaler les Edelweiss aux promeneurs par des cercles de pierres. Cette pédagogie de terrain confiante produit les effets protecteurs attendus puisque nous avons rencontré les charmantes Etoiles d'argent pour la première fois il y a... déjà 14 ans en 2002. D'une année sur l'autre, des touffes dégénèrent laissant leurs cercles de pierres vides, d'autres apparaissent nouvellement signalées. Fin août 2016, nous les aurons trouvées plus belles que jamais, matures avec certains capitules secs, sans pour autant être en toute fin de floraison.

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Edelweiss - 28 août 2016

Ce grand jardin sauvage protégé et surveillé est accessible à tous, moyennant deux petites heures de marche, de poussette ou de fauteuil adapté, en ne comptant que sur son ravitaillement et sa boisson tirés du sac. Les marmottes y sont nombreuses, leur mode de vie fait l'objet d'études et de thèses à l'Université de Lyon. Il n'est pas rare d'observer aux jumelles des hardes de Chamois ou de Bouquetins.

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Edelweiss - 28 août 2016

Au delà du Lac de la Sassière, balades moins accessibles tout en restant assez faciles, on pourra dans la même journée s'approcher du pied du GLACIER DE RHEMES GOLETTE à gauche de la TSANTELEINA, ou bien à droite de la POINTE DE LA BAILLETAZ, tenter d'accéder pratiquement sans les mains à la POINTE DE PICHERU, ou encore, en itinérance, rejoindre VAL D'ISERE par le COL DE LA BAILLETAZ...

Réserve Gde Sassière - carte - rec

Des Edelweiss "plus libres" seront au rendez-vous sur ces itinéraires, à condition de savoir, de pouvoir s'écarter du sentier pour fureter dans les pentes raides et caillouteuses.

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Lac de la Sassière (lac d'amont) - sommet de la Tsanteleina - 28 août 2016  

Ces dernières années, j'ai compris d'expérience à quel point il était important de marcher en ayant soin de porter son regard, non pas sur 360°, mais bien mieux et plus difficile encore, d'avoir un regard "sphérique" ne laissant aucun angle mort, aucun recoin sans attention. Je me suis appliqué à froisser, crisser, casser le moins possible les feuilles, la neige et les branches mortes afin de ne pas perdre, en faisant trop de bruit, la moindre chance de rencontrer un animal sauvage. Etienne m'a suggéré, pour ne pas risquer d'échapper aux effluves botaniques, de ne pas porter d'eau de toilette...

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Hameau du SAUT - 28 août 2016

Aujourd'hui encore, je me réjouis d'avoir à nouveau marché dans mes traces, sur un itinéraire pourtant connu..., à la rencontre du temps qui passe.  

 

© F6

6 septembre 2016

NB : En cliquant sur chaque photo celle-ci s'ouvre bien plus nette dans une nouvelle fenêtre. En bas à gauche, deux flèches permettent de faire défiler toutes les illustrations de la publication.

Face à face et donnant-donnant - En balade, né au vent

1- Face à TIGNES-VAL CLARET depuis l'extrémité ouest du Vallon de la Grande Sassière L'aspect de plusieurs quartiers de la station de TIGNES est réputé comme étant en grande partie disgracieux, cependant les constructions récentes et les rénovations font l'effort d'une architecture d'apparence plus traditionnelle.

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