Une fois débarrassée de son épais manteau d'or blanc, que reste-t-il l'été d'une station de sports d'hiver ? Sans conteste, bien des difficultés à attirer la clientèle estivale autant que l'hivernale. L'hiver sur les pistes, l'été à la plage demeure un schéma touristique classique et simple que s'offrent ceux qui sont tentés et en ont les moyens... Toutefois, la montagne semble être mieux outillée pour ravir un reliquat minimal de clientèle aux stations balnéaires, alors que les plages de sable fin bondées l'été, resteront quasi-désertes l'hiver. Bien obligé de constater que l'été en station, les cicatrices infligées aux paysages sont plus flagrantes. Aux câbles, pylônes et poulies aériens, répondent au sol, entre la gare de départ du télésiège et la cabane d'arrivée, le dessin de pistes façonnées à grands coups de lames d'engins monstrueux, rognant par-ci, balafrant par là. D'énigmatiques cannes inclinées attendent on ne sait quel poisson. Quand bien même un pêcheur serait là à surveiller son bouchon, il tournerait le dos à une eau éloignée, retenue dans des réserves artificielles creusées et clôturées.

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"Pourtant, que la montagne est belle" dit le poète chanteur... Je ne suis tout même pas aussi sûr qu'ils quittent un à un cette montagne où de modernes alchimistes parviennent à transformer l'eau en or blanc, où des éleveurs avisés savent programmer la lactation de leurs troupeaux afin que les rayons des magasins croulent sous le poids des fromages d'été, d'hiver, affinés à ci ou à ça, jeunes, vieux, entre-deux, fermiers ou d'alpages, au bon moment du pic d'affluence vacancière. Sans doute y a-t-il montagne et montagne : montagne bénie des sportifs hivernaux et montagne âpre, austère, balayée par des vents méchants, ou bien cuite et recuite de soleil mordant.

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"Pourtant, que la montagne est belle" aujourd'hui dans l'immense cirque de crêtes que SAINT-FRANÇOIS-LONGCHAMP offre aux skieurs l'hiver. Dans l'eau du LAC BLANC, dans l'eau du LAC BLEU, se reflètent les sommets environnants couronnés de nuages moutonnants. Ni l'un, ni l'autre, dont on ne sait pas vraiment ce qui distingue le bleu du blanc, n'est exploité. L'eau de l'un, tout comme l'eau de l'autre est là, retenue par le hasard d'une géologie architecte des cuvettes naturelles, sculptrice des cheminées découpées dans le singulier rocher blanc voisin. L'eau n'est pas cultivée pour devenir neige, et dans celle du blanc on trempera ses pieds échauffés, alors que de courageuses sirènes s'y baigneront non sans frissons le soir de canicule. Du blanc ou bien du bleu, le pêcheur a droit à retirer deux prises seulement, mais à cette heure du soir tombant, les prises s'offrent elles aussi du bon temps !

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     Leur port caractéristique les distingue, et juste pour semer un peu le trouble, elles parfument l'air du soir. Conduits ici un foulard sur les yeux, le nez plongé dans l'inflorescence, n'ayant à disposition que leur acuité olfactive, il est fort probable que bien des botanistes concluent à l'odeur être là au milieu d'un parterre de jacinthes. Cependant, jamais on n'a vu, jamais on ne verra de jacinthe des bois fleurir les pentes ensoleillées des pistes de ski.  

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Nouvelle amie, la première de ce genre à entrer dans mon tiroir à Orchidées sauvages, voici Orchis moucheron, ou Gymnadenia conopsea.

"Gymn-" = nue ; "-adên" = glande ; gymnadenia signifie que les glandes à pollen n'ont pas de membrane enveloppante. "Konos" = mouche ; "-opsis" = apparence de... ; conopsea, ou, "à l'apparence de mouche", mais on la nomme aussi Orchis moustique ! Mouche, moucheron, moustique, avec un tel qualificatif on s'attendrait plutôt à voir désigné un Ophrys, mais le vocabulaire botanique a ceci de particulier que tantôt il est d'une précision rigoureusement scientifique, tantôt il sème lui aussi le trouble, hésitant dans ses références historiques ou bien entre diverses métaphores empruntées à des domaines variés.  

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On reconnaîtra Gymnadenia conopsea à son port d'Orchidée, ses fleurs de taille modeste sans taches, ni tiretés, leur long éperon recourbé dépassant largement la taille de l'ovaire (ce qui pourrait passer comme étant le pédoncule de la fleur). Les fleurs sont nectarifères et ce ne sont ni des mouches, encore moins des moucherons, ni même des moustiques qui sont aptes à s'y nourrir, mais des papillons munis d'une trompe aspirante suffisamment longue pour aller chercher le nectar au fond de l'éperon. Gymnadenia conopsea, à la différence de bon nombre de ses cousines Orchidées, n'est donc pas une "menteuse" puisqu'elle est odorante et effectivement nectarifère, donc nourricière.

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C'est au crépuscule que Gymnadenia conopsea se fait le mieux sentir, ici d'autant plus que la plante n'est pas isolée, mais colonise généreusement les rives du ruisseau. Le nez dans l'inflorescence, selon moi son odeur tient de la jacinthe, mais d'une jacinthe qui serait épicée, poivrée.

Le crépuscule de ce jour de fin août à SAINT-FRANÇOIS-LONGCHAMP aura vu une colonne de poussière s'approcher petit à petit jusqu'à débouler tonitruante et pétaradante dans nos pas du retour. Une horde de "quads", dont il serait insultant à l'égard des marcheurs de dire qu'ils sont en randonnée, est venue empoussiérer notre fin de journée, nous assourdissant et nous privant de la quiétude du soleil couchant...

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"Pourtant, que la montagne est belle".

   

© F6

4 septembre 2016

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