"Du MORVAN, ne vient ni bon vent, ni bonnes gens"...

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Ayant sans doute plus en commun avec la BRETAGNE que le seul socle hercynien,

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notre Morvan, tantôt île déserte, tantôt oasis nourricière, appelle aussi la métaphore maritime. Le géographe Onésime RECLUS (1837-1916) originaire d'ORTHEZ lui reconnaît sur notre territoire national un rôle plus important qu'on l'imagine :

« Un deux centième seulement de la superficie de la France ; pourtant si quelque cyclone de puissance mondiale le déracinait et l'emportait, si quelque gouffre l'avalait, si de gigantesques érosions le diluaient à la minute - certes, il se dilue, mais à l'infinitésimale - il y aurait du grabuge en France ; petit de taille, mince d'épaules, il vaut plus que sa stature, car il appelle, il dévie beaucoup de vents, il dispense beaucoup de pluies, et ses rivières, recours contre la sécheresse, importent à la Loire, comme à la Seine. »...

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ainsi retrouvera-t-on l'eau du Morvan au HAVRE, à NANTES.

Voilà qui contredira le dicton, si, comme Onésime, on considère le vent autrement que froid, et la pluie comme autre chose que simple humidité désagréable.

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Dans la famille RECLUS qui gagne vraiment à être connue (18 enfants dont 4 morts en bas âge), on remarquera aussi les frères d'Onésime (géographe, communard, inventeur du terme "francophonie") :

     - Elie, journaliste, ethnologue, anarchiste, porte-voix des ethnies minoritaires...,

     - Elisée, géographe, libertaire, pédagogue, communard...,

     - Paul, chirurgien, communard..., 

     - leur père Jacques, pasteur protestant...,

     - mais aussi leur cousine germaine Pauline KERGOMARD née RECLUS, transformant les salles d'asile et fondant l'école maternelle, ses principes actifs...

Sous la plume d'Onésime, on savourera aussi :

"Il n'y a plus de races, toutes les familles humaines s'étant entremêlées à l'infini depuis la fondation du monde.

Mais il y a des milieux

et il y a des langues." 

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Roches de Velée dominant la voie du tacot

En MORVAN comme en BRETAGNE donc, la roche granitique est partout présente. Le plus souvent usée par les temps géologiques, parfois elle se rebiffe comme ici à VELEE : tel une crête de stégosaure, le chaos rattrapé par la végétation émerge à peine aujourd'hui de la forêt.

De cette pierre, on bâtit de solides maisons défiant les âges, regroupées en multiples hameaux, quartiers, huis. 

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Là où la terre peut donner un jardin, un pré, un champ enclavé inséré entre rivière, forêt et roche, l'homme s'est installé.

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Vents, pluies, neiges, et frottements vont en adoucir petit à petit les angles vifs, mais la bâtisse restera debout durant des siècles tout comme ses cousines bretonnes ou auvergnates.

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Partout ailleurs domine la forêt. Son manteau protecteur craquèle, offrant la roche aux intempéries.

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Des paires de bœufs débardaient lentement le bois de chauffage pour Paris...

des monstres mécaniques exploitent la pâte à papier, le panneau de particules ou le sapin de noël.

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Manteau déchiré, paysages balafrés, le Morvan donne par endroit l'impression que "la main de l'homme" en accélère l'émiettement, la dispersion et la dissolution.

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Après chaque grosse pluie, plusieurs fois par an des portions de sentiers se transforment en rigoles, ruisseaux ou torrents.

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Sur un sol argilo-calcaire, par exemple celui d'ici où je vis dans la côte de BEAUNE, avec une telle humidité, le marcheur ou le cycliste à VTT sera ralenti, collé, englué, embourbé, aspiré. Là-haut en Morvan, moyennant un bon choix de trajectoire, il échappera à l'enlisement. 

Mieux encore, chaussures et bicyclettes ressortiront lavées du gué !

Le Mon-mon, la Fifine, la Julie et son homme logeaient dans une maison mitoyenne agrandie vers 1893, c'est à cette époque qu'a débuté le déclin démographique du Morvan.

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Les querelles de voisins trop proches, à la vie âpre et rude, jaloux de l'opulence des uns gagnée avec leurs boeufs, ou des autres avec leur lait, laissent la place au silence des maisons en vente, des hameaux déserts. En 35 années, de 1962 à 1999, le Morvan perd encore 28% de sa population, accélérant un déclin démographique amorcé un siècle plus tôt en 1890. 

70% du peuplement de l'apogée démographique du Morvan en 1851 a aujourd'hui décidé de vivre ailleurs.

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Quand coulaient du Morvan vers Paris jusqu'au milieu du XIXème siècle, le lait des nourrices,

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l'eau des rivières et des lacs, le bois du chauffage,

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l'époque attirait là-haut. 

Le territoire était animé de populations, d'activités et d'échanges jusqu'à finir par avoir du mal à nourrir l'ensemble des morvandiaux.

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Également poussés et attirés par la mécanisation, l'industrialisation, et l'urbanisation, ils émigreront pour les hommes avec matériel bétail et savoir-faire, pour les jeunes femmes avec leurs seins, laissant derrière elles leurs nouveaux-nés.

Y aurait-il là l'origine de la méfiance ("ni bonnes gens") à l'égard de ces travailleurs "immigrés" de l'intérieur ?

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A l'écart des quelques bourgades vitales du Morvan, sur les sentiers d'huis en hameau, on rencontre aujourd'hui 4 types d'habitats :

     - "à vendre",

     - rénové aux volets clos,

     - abandonné effondré abritant encore paille bois ou bétail,

     - habité par Fifine et Mom-mon, Dédé et Stéphanie, Nikolaas et Eefke ou bien Marcel et Monique revenus chez eux pour la retraite.

Je ne sais quel type domine, mais dans les endroits les plus enclavés, on trouvera bien plus de maisons vides, fermées ou abandonnées qu'habitées.

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L'île offre le refuge et l'espoir au navigateur perdu, on l'aura compris avec la Julie et son homme si bien décrits par Philippe BERTE-LANGEREAU. Quand certains pour des motifs idéologiques partirent vers la Lozère ou le Larzac, dans une moindre proportion  et/ou pour des raisons "alimentaires", d'autres rejoignent encore le Morvan. L'apport en population n'est toutefois pas massif. Certains retours ou arrivées ont bien du mal à durer, d'autres développent et restent grâce au télé-travail, d'autres encore sont saltimbanques et ne font qu'aller et venir.

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Dront - Le cirque imaginaire - Compagnie du hanneton (James Thierrée)

Quand la bourgade est vitale comme ANOST au cœur du Haut Morvan avec ses 1 000 habitants et bien plus encore dispersés dans 40 hameaux, elle est une oasis. Ici on trouve tous les commerces que nous connaissions en France dans nos villages ou nos quartiers urbains dans la première moitié du XXème siècle. Boucher charcutier traiteur, boulanger, épiciers, hôtels, restaurants, pharmacie, garage et carburants, coiffeuse, tabac journaux, gîtes, poste, école, musée, maison du patrimoine oral, cinéma. Tout ceci est à l'échelle de la zone de chalandise d'un village qui semble privilégier le petit commerce au supermarché qu'on trouverait ailleurs des bourgades de même taille.

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Deux points de vue sur ANOST, deux saisons

Tous les jours de la semaine vous trouverez gîte et couvert, alimentation et services. Une vie culturelle, certes éloignée des événements et modes urbains, est ici possible. Nous sommes très loin d'en trouver autant dans des régions qu'on n'oserait pas qualifier de désertiques.

Limites des comparaisons, le désert n'est pas toujours là où on l'imagine ! 

En fin de nuit, un livreur dépose sur le trottoir devant l'hôtel-restaurant ses cagettes de fruits et légumes. Ni pressés ni inquiets les morvandiaux : fruits et légumes sont toujours là au bord de la route 3 heures plus tard !

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Autre bourg vivant DUN LES PLACES

On a bien tenté de « touristifier » le MORVAN.

Dans les années 1950, on venait ici le dimanche depuis la couronne bourguignonne fréquenter grands hôtels restaurants des lacs, stations thermales, bourgs cossus pour humer l'air du MORVAN,

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boire ou jouer de son eau,

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visiter sites naturels, monuments, foires, marchés, et fêtes. On a depuis multiplié gîtes, chambres d'hôtes, d'étape, de séjour ou de groupe, créé et balisé des sentiers de randonnée pour marcheurs, cavaliers et cyclistes, développé l'accueil et la signalétique des sites remarquables naturels ou culturels, délimité un Parc Naturel Régional en 1970...

tant et tant d'initiatives si peu couronnées d'affluence.

Mais, en matière de tourisme que rechercher : quantité, qualité, des sites, de la fréquentation ???

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DUN LES PLACES

Certains sites comme le Mont Beuvrey et son musée, le Lac des Settons et sa base de loisirs, déserts les jours de pluie en plein été seront bien fréquentés, pas à la première, mais "à la seconde éclaircie".

Une exception toutefois : qu'il fasse beau, qu'il pleuve ou qu'il vente, les rues, les prés, les salles, les barnums installés seront envahis fin août pour la fête de la vielle à ANOST. Partout l'on entendra vielles cornemuses claquements de sabots des danseurs, jour et nuit pendant 3 jours.

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Plutôt que pour séjourner à dates réservées, on vient plus ici en MORVAN pour faire quelque chose de précis, de projeté, et sous réserve qu'il fasse beau. Mais chaque année, chants, danses et musiques vivantes apportent le soleil et la chaleur dans les têtes, les cœurs, les hanches et les genoux à ANOST.

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Si le soleil et la douceur ne sont pas au rendez-vous que tu prendras avec le MORVAN, apporte-les dans ton coeur. Sache braver les éléments s'il le faut, emplis-toi de bon air, découvre un sentier, émerveille-toi d'un panorama, d'une trace, d'une haie, d'une tache de couleur ou d'un chant d'oiseau, partage un moment encore ce temps du MORVAN qui nous est cher.

F6 - décembre 2010

repris et réillustré juin 2014

(ben oui quoi, on y est revenu depuis 2010 !)