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Le terme désigne ici à la fois une période de l'histoire de France ainsi que le Musée du désert installé au Mas Soubeyran dans le village de MIALET à quelques kilomètres d'ANDUZE.

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4 dates doivent être rappelées :

- 1598 l'Edit de Nantes signé par Henri IV apporte la paix religieuse après les Guerres de Religion en accordant la liberté de culte aux Protestants.

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- 1685 l'Edit de Fontainebleau par l'absolutisme royal de Louis XIV révoque l'Edit de Nantes en supprimant la liberté de culte (destruction des temples, exil des pasteurs, fermeture des frontières, obligation d'éducation des enfants dans la foi catholique, persécutions...).

- 1787 l'Edit de Versailles  (dit de Tolérance) signé par Louis XVI permet aux personnes non catholiques de bénéficier de l'état civil sans devoir se convertir au catholicisme qui demeure la religion officielle du royaume. Il est une étape importante dans la pacification religieuse du royaume, mettant un terme aux persécutions

- 1789 la révolution française avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen proclame la liberté religieuse.

Le Désert qualifie donc à la fois :

     - la période d'une centaine d'années entre 1685 (Edit de Fontainebleau) et 1787 (Edit de Versailles),

     - la région cévenole reculée où le culte Protestant reste célébré à l'abri des regards, dans des lieux cachés.

Le Musée du Désert est un musée historique et dans les trois grands thèmes qu'il propose, il serait bien rare qu'il n'y en ait pas au moins un capable d'intéresser quiconque, religieux ou pas :

     - construction, habitat, ustensiles, mobilier traditionnel cévenole,

     - histoire des Huguenots et des Camisards,

     - mémorial international du protestantisme.

Au moins un, sinon les trois, tant le nombre d'objets et de documents de qualité sont ici fort bien présentés.

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A l'occasion du classement des Cévennes et des Causses au patrimoine mondial de l'UNESCO, le Président SARKOZY donnait à entendre ici un discours très documenté (?) dont j'extrais les lignes suivantes pour leur petite leçon d'histoire.

Les photographies sont interdites à l'intérieur des bâtiments, celles qui sont utilisées ci-dessous sont extraites du site du musée (lien ci-dessus).

... Votre terre est née de la formidable ténacité des hommes qui l'ont travaillée au prix d'un combat séculaire, mais au fond en venant ici, je me demandais si ce n'est pas dans un autre combat que ce pays a trempé son caractère.Parce que le combat qui s'est livré ici il y a plus de trois siècles a non seulement construit l'identité cévenole, mais il a assigné à la Franceune mission historique : la défense de la liberté de conscience.C'est ici que l'on a mené ce combat, et c'est ici qu'on l'a gagné. Ici même, il y a trois siècles, des paysans, des artisans, de simples bergers, au fond tout un petit peuple dont l'horizon ne dépassait que très rarement ces montagnes et qui avait été nourri aux écritures saintes, ce petit peuple a donné à l'Europe médusée une incroyable leçon de liberté. Et vous êtes les héritiers de ce petit peuple si courageux.

C'est ici, au creux de vos vallées, que pour la première fois, l'ancien monde a vacillé sur ses bases pourtant multiséculaires.

Tout avait pourtant commencé comme l'une de ces guerres de religion qui avaient tant de fois menacé l'unité de la France.. Les contemporains crurent à une résurgence du passé, et c'était au contraire l'avenir qui était en train de sourdre. MICHELET lui-même écrira : « rien de semblable à l'affaire des Cévennes dans toute l'Histoire du Monde». Il est de mon devoir de chef de l'Etat de mettre en lumière ce que nous avons eu grand tort d'ignorer ou de sous-estimer.

Bastion du protestantisme, les Cévennes - et bien au-delà, encore, le Bas-Languedoc -, vivaient en paix à l'abri de l'Edit de Nantes et de la Paix d'Alès, Monsieur le Maire. Cette paix signée, ici même assurait au Roi Louis XIII la fidélité des protestants en échange de quoi le monarque les autorisait à rester fidèles à leurs églises.Cette paix ne dura pas.Quelques décennies plus tard et loin d'ici, à Versailles, un très grand Roi voyait le soleil de son règne lentement s'obscurcir. Les victoires s'éloignaient, la gloire lui échappait. Il lui fallait des triomphes, quitte pour cela à remporter ces triomphes sur ses propres sujets. Quand l'ennemi extérieur vous résiste, l'ennemi intérieur est, lui, plus facile à réduire. Aussi, les protestants furent-ils dénoncés comme une menace pour l'unité du Royaume.Une mécanique implacable allait se mettre aussitôt en marche au pas des dragonnades.Il fut décrété que seules les familles protestantes accueilleraient chez eux, les compagnies de « dragons », redoutable honneur. Car une fois logés chez l'habitant, ces dragons, ces soldats avaient tous les droits sauf un seul, celui de tuer. En revanche, ils pouvaient voler, piller, violer, humilier, incendier, sans même avoir à craindre la moindre remontrance d'officiers disparus comme par enchantement.Abreuvées de coups, affolées d'angoisse, les familles se convertirent par centaines puis par milliers. C'est l'histoire de votre territoire.Parfois il suffisait à un village protestant d'apercevoir au loin les nuages de poussières soulevées par les régiments pour que tous les habitants se précipitent dans les églises et demandent la conversion comme on demande une grâce.Chaque jour on déposait au pied du Roi d'interminables listes de convertis qui lui étaient aussi agréables que des bulletins de victoire qu'il n'avait plus.En quelques mois, la Franceétait devenue, sur le papier timbré de l'administration royale, toute catholique. L'Editde Nantes qui avait assuré la paix du royaume pendant près d'un siècle fut aboli.Alors, bien sûr, personne ne croyait à la sincérité de ces conversions.Des consciences catholiques s'élevèrent contre ces méthodes, Christine de SUEDE, SAINT-SIMON et VAUBAN.Madame de MAINTENON répondit à ces scrupules légitimes par une phrase dont le cynisme a rarement été atteint : « je sais bien que toutes ces conversions ne sont pas sincères mais les enfants au moins seront bons catholiques si les parents sont hypocrites ».Les enfants, oui les enfants, tel était l'enjeu réel de cette politique folle.De ce viol des consciences allait naître dans votre territoire un monstre : la guerre civile.Car ces enfants, une fois parvenus à l'âge adulte, loin de faire de « bons catholiques » comme le croyait Madame de MAINTENON, massacrèrent l'Abbé du CHAYLA qui depuis des années confondait violence et catéchisme.

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Près de vingt ans après la Révocation, la guerre des Camisards venait de commencer, elle allait embraser vos Cévennes.

Pendant dix ans, quelques milliers d'hommes, avec le soutien de toute une population, affrontèrent le plus puissant Roi du monde. Ils étaient peut-être 7 000.

Pour venir à bout de cette guérilla menée par 7 000 courageux Cévenols, il ne faudra pas moins de deux maréchaux de France et la mise en place d'une véritable politique de terreur.

Pour empêcher la population de venir en aide aux insurgés, on décida la déportation des populations puis ce qu'on appela le « Grand brûlement des Cévennes » et, en quelques mois, la totalité des villages et des hameaux des hautes Cévennes seront entièrement brûlés.

Pour réduire les vallées le plus reculées, LAMOIGNON-BAVILLE, l'inflexible intendant du Languedoc, ordonna de tracer des routes sur les crêtes pour permettre aux régiments d'avancer sans craindre l'embuscade. C'est la montagne elle-même qui était profanée.

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Les exactions succédèrent aux représailles et les représailles aux atrocités. Les rouages implacables de toute guerre civile étaient en marche. Ils allaient broyer les Cévennes.

Le pays fut encerclé, les villages qui n'avaient pas été brûlés furent occupés.

Peu à peu le combat, trop inégal, se révéla perdu. Les grands chefs camisards tombèrent les uns après les autres, furent roués en place publique.

Le conflit prit fin, et le vieux Roi Louis XIV put se faire construire, à Montpellier, une place royale pour servir de socle à sa statue de bronze. Là, aux portes de la capitale languedocienne, vêtu en empereur romain, il jette toujours aujourd'hui un regard de triomphe, sur ces montagnes, les vôtres qui avaient osé lui tenir tête.Pendant tout le XVIIIe siècle, le protestantisme retourna à la clandestinité, à ce « Désert » qui était le sien et qui n'est pas sans rappeler, pour ces gens imprégnés de la Bible, la longue errance du Peuple de l'Exode.

Pendant près d'un siècle, les protestants de notre pays allaient devoir déployer des trésors d'ingéniosité pour simplement vivre leur foi. Ce n'était pas au Moyen Âge, c'était au XVIIIe siècle.

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J'ai été profondément ému, il y a quelques instants, lors de ma visite du Mas Soubeyran, par ces bibles de chignon que les femmes dissimulaient dans leurs coiffures pour se rendre aux assemblées interdites.

J'ai été profondément touché par ces bougeoirs d'étain qui, d'un seul tour de main, pouvaient se transformer en calices, ou encore par ces chaires habilement dissimulées dans des tonneaux.

De l'ingéniosité, il en fallut à ces hommes et à ces femmes de foi, mais du courage plus encore, car la chasse aux « prétendus réformés » ne connut pas de trêve chez vous pendant tout un siècle.

Les hommes qui étaient surpris dans l'exercice du culte interdit étaient envoyés aux Galères, condamnés à une mort certaine.

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Les femmes, elles, étaient emmurées vivantes dans la Tour de Constance à Aigues Mortes. Certaines préférèrent y mourir, plutôt que de renier leur foi.

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Si j'ai tenu à visiter aujourd'hui le musée du Désert, qui fêtait son centenaire, c'est que j'ai souhaité m'incliner, au nom de la Nation, devant la mémoire de ces milliers de femmes et d'hommes qui ont refusé de transiger avec la liberté de conscience, au prix de leur vie même, et qui nous ont laissé cette intransigeance en héritage.

Les huguenotes enfermées sur ordre du Roi à Aigues Mortes au XVIIIe siècle avaient gravé sur la pierre de leur cachot le mot : « Résister ».

Ce mot a toute sa signification aujourd'hui, il est né ici. Ce mot est à lui seul, pour une famille comme pour un pays, un héritage, le plus bel héritage qui soit. Un peuple résiste, un peuple ne se met pas à genoux.

Ce mot, gravé à même le sol par des femmes abandonnées de tous, mais qui, jusqu'au bout, conservèrent intact l'espérance et la foi, ce mot, notre pays et vous en connaissez le prix. Abandonnées mais dignes, enfermées mais libres. Ce mot, aux heures les plus terribles de l'Occupation, les Cévennes en firent un impératif catégorique. Ce n'est pas un hasard si lors de l'Assemblée du Désert de 1942, à Mialet, le Pasteur BOEGNER, Président de la Fédération protestante de France, appela les pasteurs présents à ne pas plier devant la politique de Vichy et à résister à sa politique antisémite. Dans les Cévennes, on ne s'agenouille que si l'on en a le désir profond. On ne plie pas et on ne rompt pas.

Ce n'est pas un hasard si l'on trouve parfois, à plus de deux siècles de distances, les mêmes noms inscrits sur les murs du musée du Désert et sur celui des Justes de France.

Ce n'est pas un hasard si des villages cévenols se sont refermés sur des juifs persécutés pour les sauver du pire. Les enfants allaient à l'école, étaient connus de tous, certains raconteront même avoir passé là une enfance presque normale... Tout le monde savait, et dans les Cévennes, personne ne parla jamais. Ces familles et ces enfants furent protégés par une formidable conspiration du silence. Les Justes ont sauvé, individuellement, l'Honneur de la France, mais dans les Cévennes, ce fut une œuvre collective. Dès l'invasion de la zone libre, les grottes et les caches qui avaient abrité les camisards vont reprendre du service au profit des maquisards qui emprunteront les mêmes chemins et utiliseront parfois les mêmes ruses.

Qu'ils soient protestants, catholiques ou agnostiques, ces maquisards avaient bien repris le combat des camisards...

Cette visite du musée du Désert jeudi 3 mai clôt mon premier séjour dans les Cévennes sur des précisions historiques passionnantes, tout à fait utiles, indsipensables à la compréhension d'une région.

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Camping du Figaret à SAINT HIPPOLYTE DU FORT

(à suivre)

F6 - mai 2012