Vendredi 11 juillet 2008 - Réveil 4h45 - Grand calme au camping. L'équipe de hollandais de tous âges, affairée hier soir  au chargement du bus et de sa remorque, a été efficace. Ils dorment encore à 6 heures quand je passe devant leur attelage.

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Canoës, vélos tout terrains, vélos de route sont méticuleusement enrobés, parfois démontés, agencés encastrés pour attendre sagement le départ sur cette remorque. Je prends la route de Briançon en descente moins pentue que la veille et n’autorisant plus les 70 km/h. Avant d'aborder l'ascension du COL D'IZOARD, la béquille qui frotte m’impose une pause mécanique.

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Ce col est magnifique, sauvage et verdoyant par ce côté, aussi propre que Télégraphe et Galibier sont sales.

Tout le nécessaire au grand bonheur montagnard est aujourd’hui ici réuni : paysage, luminosité, propreté, douceur, forme physique... Je suis dépassé par un cyclo sur un vélo de course chargé d'un sac à dos et d'une petite sacoche de guidon. Il ralentit et nous conversons agréablement. Nous étions déjà hier ensemble au sommet du Galibier. Il descend jusqu'à Draguignan pour une cousinade en faisant étape en gîtes. Je résume mon voyage..., nous nous reverrons. Avant d'arriver au refuge Napoléon, tout en montant tranquillement j'ai le temps d'assister au déballage d'une voiture sportive de luxe de marque Jaguar. Sortie d'un camion immatriculé en Angleterre, puis d'une fine bâche de tissu soyeux au logo de la marque, on s'affaire autour : pilote, photographe, assistants… en tout  une demi douzaine de personnes. Preuve, s'il en fallait une de plus, qu'Izoard vaut le détour : on vient jusqu'ici faire des images publicitaires.

J'ose espérer que la propreté de ce col est plus liée au respect qu'il impose aux cyclistes, qu'au constructeur automobile qui l'aurait fait balayer pour les besoins de sa promotion !

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Au sortir de la forêt, le refuge Napoléon  2 petits kilomètres avant le sommet à 2361 m, offre chaleur humaine à l'accueil et décoration très historico-sportivo-cycliste. C’est un endroit où l'on aimerait bien prendre pension pour une semaine de randonnée. Il est 10 heures, l’arrêt sera bref, le temps de déguster un grand thé. La descente de Serre Chevalier jusqu'à Briançon et l'ascension de ce col m'auront demandé 4 heures pour 36 km.

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L'arrivée au col est tout aussi calme, peu de passage encore à cette heure. L'étal de souvenirs habituel dans les cols des Alpes vient juste d'ouvrir. La descente présente des paysages radicalement différents. C'est la Casse déserte dont nombre de cyclos m'ont parlé avec émotion, respect et émerveillement, tant ils ont eu chaud dans l’ascension par ce versant aride. Pour moi, ce sera température, luminosité, et état de forme parfaits.

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Désert minéral grandiose, on se demande bien comment quelques petits pins rabougris splendides eux aussi, parviennent à survivre ici persistant de bonne volonté à offrir l’ombre à Louison BOBET et Fausto COPPI. 

Chanceux ces deux là ; même la végétation s'accroche à leur rendre cet hommage persistant dans l’écrin de leurs luttes sportives !

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La descente s’ouvre sur la large vallée de BRUNISSARD puis sur la combe de Queyras avec de belles pointes de vitesse dans cette portion très roulante.

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La chaleur gagne du terrain et devient petit à petit de plus en plus écrasante  quand je pique-nique peu après GUILLESTRE dans les premiers lacets du COL DE VARS (2109 m).

La difficulté de ce col est aujourd’hui accrue par l'atmosphère orageuse. Les cyclos sont nombreux en raison d’une semaine de cyclotourisme organisée à VARS où je prends le rafraîchissement nécessaire en terrasse (un litre d’eau minérale gazeuse très vite transpiré). Je monte à la même vitesse moyenne que deux jeunes sur leurs vélos de course avec sac à dos et petites sacoches de selle et de guidon. Ils me dépassent, puis s'arrêtent, c’est alors à mon tour de les dépasser, mais ils repartent aussitôt et ainsi de suite deux ou trois fois jusqu'à ce que nous nous retrouvions tous trois au refuge Napoléon du col de Vars. La conversation est engagée, ils viennent de Paris d'où ils sont partis il y a 5 jours et descendent sur la côte rejoindre leurs familles. Ils espèrent arriver dimanche. Je dis les trouver en mauvaise posture sur leurs selles, leur conseille d'avoir deux cuissards, et de changer au moins tous les deux jours. "On en a bien 2 chacun, mais l'un sur l'autre" ! Ce soir, ils espèrent pouvoir s'engager dans l'ascension de la Bonette et dormir dans une grange. Leurs conditions de voyage, d’hygiène et d’alimentation, sont précaires, sans doute autant que leur budget. Peut-être arriveront-ils fatigués, voire mal en point, mais certainement pas dégoûtés. Ils auront beaucoup appris par eux même, sans doute un peu de ce qu'il faut pour forger à coup de pédales humilité et endurance. Quant à moi, je serais bien allé dormir chez la dame de Grenoble rencontrée à Mouthe et propriétaire d'une maison à St Antoine, mais le hameau est encore loin dans la grandiose vallée de l'Ubaye. La fatigue de ces deux ascensions  et la chaleur orageuse m'incitent à faire étape au charmant camping de SAINT PAUL SUR UBAYE.

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Il est 16h50 quand j'arrête après 100 km au camping Bel Iscle, familial, sportif, sans mobilhome enlaidissant... il faudra revenir.

J'aurai 14 km le long de l'Ubaye à faire demain en guise d'échauffement avant JAUSIERS et le COL DE LA BONETTE. Lui, j'en ai tellement entendu parler que j'appréhende tout de même malgré l'expérience acquise ces jours-ci. L'orage menaçant n'éclate pas ici cette nuit où la température reste élevée. 

Samedi 12 juillet 2008 - réveil à l'heure habituelle, départ 6h10, ciel gris, encore menaçant. Mes deux camarades de la veille auront-ils trouvé la grange accueillante dans la Bonette ? J’aurais plaisir à les surprendre au réveil. Cette vallée de l'Ubaye est parsemée de grands bâtiments industriels et d'ouvrages militaires, semblant tous abandonnés.

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Très vite JAUSIERS arrive. Je m'engage seul au petit matin pour l'ascension réputée si longue et si difficile que je l'attends avec impatience ("que j'aime à monter chargé, lent...").

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Villages, alpages, combes, rocaille des sommets... cette grimpée est très variée et plaisante. J'assiste au spectacle de la visite dans les pâtures du berger et de ses trois chiens. Il ramasse une brebis morte et la traîne dans un cabanon. Serait-ce déjà le loup du Mercantour ?

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Les cyclos commencent à me dépasser. Plus je progresse, plus ils sont nombreux. Dans le cortège, j'en reconnais quelques uns, eux aussi et c'est l'occasion d'un petit signe d'amitié discret, ou de quelques mots. Quand impressionnés par mon équipage ou compatissants, ils me souhaitent "courage", j’aurais bien envie de leur répondre : "pas besoin de courage pour être en vacances, bonne route à toi !"... mais pédaler et faire des phrases qui ne seront pas entendues ou mal comprises, à quoi bon !

Mon camarade de route de la veille me rejoint, et nous reprenons notre conversation ébauchée dans l'Izoard. Il a dormi à JAUSIERS, une bonne adresse parait-il, et ne semble pas pressé. Nous ferons la route pratiquement jusqu'au sommet ensemble, défaisant et refaisant notre monde professionnel puisque nous sommes tous deux enseignants et bavards sur ce sujet inépuisable. Je suis passé il y a quelques jours chez lui à BELLEFONTAINE dont il est  directeur de l'école. Peut-être préparait-il son vélo et ses bagages au moment de mon passage ? Quelques jours... si loin déjà...

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Petit à petit le col nous apparaît au loin depuis les vestiges de la caserne de Restefond. Sur le lointain flanc de montagne opposé, je suis intrigué par un " bas relief " vraisemblablement énorme. Plus j'approche, plus je discerne nettement les contours d'un cor reproduit au sol avec des pierres. Alors qu’une horde de véhicules 4x4 s'offre du frisson là où on pourrait randonner gentiment sans déranger ni salir, un garde du Parc du Mercantour confirmera qu’il s’agit bien de l’emblème militaire des Chasseurs Alpins.

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Je demande à mon collègue de prendre le large car la circulation s'intensifie à cette heure ; de plus, notre allure est un peu au dessus de celle que j'adopterais si j'étais seul et je crains de trop me fatiguer. L'arrivée au col à 2715 m est roulante. La cerise sur le gâteau, la cime sur la Bonette, apparaît majestueuse, bien tentante. S'offrir la plus haute route d'Europe avec "armes et bagages" voilà qui me plairait bien ! Ce serait dommage de passer si près sans faire ce détour et escalader ses 2802 m. Chose faite, sans mettre pied à terre, en dépassant même un cyclo léger en manque de petits braquets, et/ou de forme. Même pas mal !

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Retrouvailles avec mon camarade jurassien au sommet, avant la descente tendue et les freins qui chauffent. Il serait très dangereux de se laisser aller à prendre trop de vitesse ici.

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Arrêt au camp militaire des Fourches où des chasseurs alpins passaient l'hiver enfouis sous la neige : impressionnant, expérience tentante.

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Nous arrivons sous le soleil à SAINT ETIENNE DE TINEE déjà parfumée d’un petit air de Provence. Pique nique, puis longue descente jusqu'à SAINT SAUVEUR SUR TINEE où je décide l'arrêt à 14h30 après  seulement 98 km, je dormirai encore tout proche de cette route magique, comblé et émerveillé. La grande lessive aura ainsi largement le temps de sécher, pendant que je visiterai ce village-rue, converserai agréablement avec Margot l'épicière qui n'ouvre qu'à 16h, ainsi qu’avec le boulanger qui voit passer chaque année un collègue "tourneur de France" en quête de "record". Un couple de hollandais randonnant sur le GR 5, attend patiemment l’arrivée du gérant pour l’ouverture du gîte implanté dans l’enceinte du camping.

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Il n’y n'a pas beaucoup d'emplacements, les tentes sont regroupées sur un grand plateau herbeux et ombragé inaccessible aux automobiles, ceinturé de haies. Je vois arriver dans la soirée un jeune sportif avec quelques bagages : le strict nécessaire dont une petite tente. Il me reconnaît comme celui qui "roule plein de sacoches", nous nous étions déjà vu dans le Galibier, mais lui s'est offert d'autres cols des environs. Croix de Valdberg et Couillole, un jeune qui sait lire une carte routière, qui m’en apprend en matière de route des Alpes. La nuit sera agitée de queues d'orages, et de quelques gouttes, le linge était rentré !

F6 - septembre 2009