Vendredi 9 juillet 2010

Au milieu coule une rivière

7h30 de MAUDEURE - ECURCEY - BLAMONT - PIERREFONTAINE LES BLAMONT - MONTECHEROUX - St HIPPOLYTE - SOULCE - COURTEFONTAINE - LES PLANS ET GRANDS ESSARTS - TREVILLERS - FESSEVILLERS - GOUMOIS à 17h15 (65 km)

Comme prévu, nous voici reposés, tôt réveillés, prêts à aborder le relief. 

30 - Camping Mandeure - 5 - Ve 9 juil 2010

La postière à bicyclette rencontrée dès potron-minet la cigarette aux lèvres nous prévient : ça commence fort. Passer des 335 m de MANDEURE aux 571 m d'ECURCEY en quelques kilomètres impose d'emblée nos plus petits développements si peu de temps après le café du matin. Nous voici dans ce que les géologues nomment le "faisceau du Lomont du Jura externe", autrement dit les premiers plis, puis dans le "Jura plissé des gorges du Doubs". Lire les altitudes des points de passage de cette journée 335 - 571 - 561 (cours de la Creuse à BLAMONT) - 793 (fort du Lomont) - 650 - 380 (cours du Doubs à St HIPPOLYTE) - 779 - 845 (point culminant à FESSEVILLERS) - 506 (village franco-suisse de GOUMOIS au bord du Doubs dans son cours le plus sauvage), illustre parfaitement le franchissement de ces trois plis s'élevant de plus en plus en altitudeau milieu desquels coulent les rivières. Le couvert est forestier sur la majeure partie de l'itinéraire, mis à part dans les vallées et sur les plateaux où les prairies d'élevage dominent l'occupation des sols.

C'est à SAINT HIPPOLYTE que nous ferons les achats alimentaires pour la journée et trouverons l'endroit charmant d'un pique-nique au frais, contemplant la rénovation de la charpente du lavoir. 

31 - St Hippolyte - pause - 1 - Ve 9 juil 2010

L'après-midi est réservé à la plus longue des ascensions, fort heureusement très ombragée dans sa première partie jusqu'à COURTEFONTAINE. 

34 - Monter à Courtefontaine - Ve 9 juil 2010

 Au delà, rouler sur le plateau vallonné est éprouvant sous une telle chaleur orageuse : le vent chaud freine et assèche, l'eau pure des bidons ne désaltère plus, s'arrêter nécessite de trouver le peu d'ombre d'un plumet de buissons ou bien d'un frêne isolé. L'étape prévue et espérée au gîte de TREVILLERS n'est pas possible... Monsieur le Maire, dérangé de ses travaux en plein après midi puisque la responsable du gîte ne répond pas, est bien ennuyé de ne pas pouvoir nous satisfaire : la table est dressée, les réfrigérateurs sont remplis de boissons, un repas du club semble prévu ce soir. Nous poussons 4,5 km plus loin jusqu'au gîte de FESSEVILLERS. La route est très fréquentée d'automobilistes seuls au volant, pressés, arrivant en sens inverse. J'écarte l'hypothèse du retour d'une baignade au bord du Doubs puisqu'il n'est que 16h30, pour retenir celle de travailleurs frontaliers terminant leur journée de labeur. Nous aurions été fort bien installés dans la fraîcheur et l'odeur de feu de bois de ce joli corps de ferme comtoise aux murs de pierre, mais le gîte est réservé par un groupe. De déception en déception, nous n'avons plus qu'à nous laisser couler jusqu'à GOUMOIS au bord de la rivière sans un coup de pédale dans les 6 km de descente, tout en espérant que le camping existe toujours et nous accèpte, sinon...

Non seulement nous sommes accueillis chaleureusement, mais Sylviane propose le refuge pour le même prix que nos petites tentes, soit 5 €. Pas d'hésitation ! La perspective retrouvée de dormir ce soir dans un lit, sous l'ombre permanente d'une toiture, balaye la seule contrainte de ce refuge qui consiste à devoir aller s'approvisionner en eau au camping à 150 m. 

39 - Goumois - 4 - refuge - Sa 10 juil 2010

Les lieux sont investis aussi vite que par une armée en campagne. Dès que nous avons le dos tourné, le contenu de nos sacoches se dilate, explose et gicle comme des grains de maïs devenant pop-corn ! La table centrale se trouve bien vite noyée sous les victuailles, les "gamelles et les bidons". Si encombrée que plus tard je renverse casserole, pâtes et eau bouillante, vérifiant ainsi les bons réflexes de Philippe.

40 - Goumois - 5 - refuge - Di 11 juil 2010

 

40 (P

Un peu comme des "réfugiés climatiques", toute proportion gardée s'entend, nous décidons de profiter d'un tel hébergement en dur deux nuits pour nous accorder une journée de repos.

Philippe préfèrera dormir au frais du rez de chaussée sur un canapé. J'entendrai sous les combles l'orage rouler, tonner, tourner autour des gorges du Doubs toute la nuit, sans jamais s'abattre franchement une bonne fois pour toutes sur GOUMOIS.

 

Samedi 10 juillet 2010

Réfugiés climatiques

GOUMOIS refuge - GOUMOIS bar - GOUMOIS refuge

Nous passerons cette journée pluvieuse à  somnoler, profiter de la machine à laver du camping, discuter. "Nos" canapés invitent aux échanges. Dehors, les sanitaires, bacs à linge ou à vaisselle d'un terrain de camping sont toujours des endroits propices aux bavardages entre campeurs. 

38 - Goumois - 4 - camping - Sa 10 juil 2010

Sylviane dont l'époux travaille en Suisse, confirme que le flot d'automobiles est quotidien, rendant ces routes de montagne dangereuses à certaines heures. L'Helvéthie n'est pas riche que de banques, il s'agit ici d'entreprises de mécanique de précision et de sous-traitants de travaux d'ébavurage ou de décolletage. A mon questionnement sur les raisons du "sens unique" de cette migration, quotidienne puisque nous n'avons pas constaté de "chassé-croisé" , une campeuse suisse explique que la France forme les travailleurs, attirés puis embauchés ensuite outre-Doubs par le pays voisin aux salaires attractifs. Sylviane opine d'un signe. 

35 - Goumois - 1 - bois - Sa 10 juil 2010

Seul le projet d'une consommation en terrasse sous les parasols-parapluies parvient à motiver la petite sortie de la journée. 

36 - Goumois - 2 - bois - Sa 10 juil 2010

 

Dimanche 11 juillet 2010 

Tic-tac truites, vaches et saucisses

7h30 de GOUMOIS - CHARMAUVILLERS - DAMPRICHARD - CHARQUEMONT - FOURNET - GRAND'COMBE DES BOIS - LE BARBOUX - MORTEAU à 16h30 (environ 60 km)  

45 - Goumois - 9 - départ - Di 11 juil 2010

Comme l'avant veille, la journée débute par une ascension, celle du col de la Vierge dominant la frontière franco-suisse. La route se love le long des roches et du relief offrant de nombreux points de vue sur les gorges sorties de la brume orageuse. Nous montons dans la fraîcheur... 

47 - Goumois - 11 - corniche - Di 11 juil 2010

... pente, paysages et charge régulent notre élévation sur le mode économie,  en "première lente" dirait-on sur un tracteur agricole. Au passage du col de la Vierge, nous distrayons grand père de retour de la boulangerie de DAMPRICHARD, tout absorbé depuis le banc par la contemplation de son panorama s'ouvrant sur la Suisse : LE NOIRMONT, SAIGNELEGIER, et plus loin LA CHAUD DE FONDS.

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Charles L'Eplattenier - né à Neuchâtel en 1874 - 1946

Notre France de ce côté-ci du Doubs, même si nous croisons quelques petites entreprises, semble restée plus agricole et forestière, soutenue par ses produits de tradition : comté du Jura, Mont d'or, Vacherin, saucisse de Morteau, vins du Jura, cancoillotte, fromage de Morbier, liqueurs, tavaillons, sangles, tabletterie, layetterie...

52 - Charmauvillers - 3 - Di 11 juil 2010

La réputation du Jura tient également à la pêche et aux sports de pleine nature : canoë-kayak, escalade, spéléologie, marche, ski, équitation. L'air du temps a beau tenter d'y ajouter des pratiques nouvelles : vélo tout terrain, via ferrata, canyonning, accrobranche, plus ou moins respectables ou durables (quads, luge d'été, trotherbe...), l'économie de ce tourisme sportif restera toujours tributaire de bien des aléas. 

Est-il encore possible de trouver une montre mécanique fabriquée en France dans notre Jura ? Là n'est pas la question que je me pose à 50 ans pour être certain de ne pas avoir raté ma vie, selon les dires de notre publiciste médiatique hexagonal, mais bien par envie d'un outil plus simple, plus authentique, plus humain et durable. Mes recherches restent à poursuivre, nous n'avons pas trouvé sur notre route le musée de l'horlogerie qui aurait pu me renseigner, mais je crains que cette quête ne trouve réponse qu'hors de nos frontières en Suisse ou en Allemagne. Soyons honnête, accordons au Jura un reste d'aura industrielle de précision qu'il mérite encore avec l'école de lunetterie et d'optique, ainsi que toutes les entreprises situées principalement entre MORBIER et LES ROUSSES. A défaut de montre mécanique de fabrication française, je possède une paire de lunettes de soleil fabriquées à MOREZ, bien anciennes et démodées aujourd'hui. 

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L'accalmie des températures aura été de courte durée. L'orage gronde à nouveau alors que nous pique-niquons à GRAND'COMBE DES BOIS.

55 - Charquemont - 3 - Di 11 juil 2010

La fin d'après-midi éprouvante de chaleur présente quelques côtes corsées permettant de faire la connaissance au passage d'une famille de futures saucisses de Morteau en vacances très provisoires dans une belle prairie avec piscine aux environs de BARBOUX. Les gentianes font également leur véritable apparition aujourd'hui, elles accompagneront jusqu'au bout cette GTJ. 

57 - Le Barboux - 2 - Di 11 juil 2010

L'étape se terminera au camping municipal de MORTEAU, heureusement épargnée par l'orage. Ce soir le repas sera bien cuisiné, pris confortablement installés au restaurant pour marquer la fin de randonnée de Philippe.

 

Lundi 12 juillet 2010 

A la source, fin de première partie

9h de MORTEAU - MONTBENOIT - PONTARLIER - OYE ET PALLET - SAINT POINT - REMORAY-BOUGEONS - LES PONTETS - CHAUX NEUVE - CHATELBLANC - FONCINE LE HAUT à 17h  (68 km)

Le trajet MORTEAU - PONTARLIER par le défilé d'Entreroches est très roulant, le cours du Doubs en est ici encore à ses débuts, coulant paisiblement dans ce large replat entre sa source et MORTEAU. Nous voici suffisamment en avance au rendez-vous à la gare avec Marie-Claire et son automobile, pour prendre un dernier verre. A défaut d'absinthe qui n'a pas encore légalement regagné le comptoir de ce bar, ce sera un apéritif anisé local. Après MARSEILLE, PONTARLIER est en France la deuxième patrie de ce type de boissons apéritives, la pétanque ne semble pas connaitre autant de succès que dans le midi, question de climat...??? Philippe rentre à SAINT LOUP-GEANGES cet après-midi, puis dans le Nord-Pas de Calais dès mardi.

60 - Lac St Point - Lu 12 juil 2010

Je poursuis dorénavant seul, poussé par l'orage qui me talonnera et n'explosera qu'une fois ma tente montée au camping de FONCINE LE HAUT.

59 - Lac St Point - Lu 12 juil 2010

PORT TITI et le Lac de SAINT POINT sont toujours aussi charmants, mais il est tôt, et le temps est trop menaçant pour y faire halte. Je me prépare donc à me réfugier à l'abri d'une grange ou bien de la cape de pluie. Les connaisseurs comprendront qu'on recule au plus tard l'épreuve d'avoir à affronter pluie et vent d'orage sous une cape cycliste. Peu après le passage au delà des 1000 m d'altitude,  la descente de CHATELBLANC à FONCINE LE HAUT le long de la Saine est grisante.  Le paysage change vraiment, les plis semblent "se bousculer", le revêtement de la route est encore plus confortable que ce que nous avons rencontré depuis MANDEURE. Le réseau routier des montagnes du Jura offre à ses usagers, des routes fort bien entretenues et revêtues.

Pas de grange ni de cape, je préfère la douche chaude alors que la délivrance orageuse s'opère pendant que je me lave. L'abri du camping est occupé ce soir par d'autres campeurs qui m'ont devancé à emprunter l'endroit d'un repas au sec. Puisque c'est ainsi, que mes réserves alimentaires sont bien restreintes et si peu appétissantes, je me restaurerai un deuxième soir de suite "luxueusement". Au café du village, salade verte, tomates, pommes de terre sautées, jambon de pays et cancoillotte chaude pour quelques euros... dans ces conditions, comment résister !

© F6

publié en août 2010

NB : en cliquant sur chaque photo celle-ci s'ouvre bien plus nette dans une nouvelle fenêtre, c'est plus chouette à contempler. En bas à gauche deux flèches permettent de faire défiler ensuite toutes les illustrations de la publication.

Je ne résiste pas à l'envie de vous proposer une autre reproduction de tableau de Charles L'EPLATTENIER - Ce "grand homme" suisse, "maître" de LE CORBUSIER est mort victime d'une chute dans un paysage de rochers du DOUBS qu'il peignait.

Sous les couleurs de Charles, on est ici au Creux du Van que j'évoquais .  

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